Les forêts du bassin du Congo sont un des grands espaces sauvages de la planète. Elles ont été assez bien préservées jusqu’à présent du fait d’une pression démographique faible, d’un accès difficile, d’une exploitation forestière sélective et de l’exode rural. Toutefois, cette situation est en train de changer avec l’apparition de nouveaux acteurs : le déploiement à large échelle des cultures énergétiques et autres plantations, les investissements miniers et pétroliers, et les infrastructures associées (routes, centres urbains) pourraient faire des années à venir un tournant pour ces forêts.

Une des réponses possibles aux conséquences du développement de projets miniers, pétroliers ou agro-industriels dans des espaces naturels riches en biodiversité consiste à appliquer à ces projets une démarche hiérarchisée d’évitement et de réduction des impacts de ces projets, puis de compensation « en nature » des impacts qui n’auraient pas pu être évités ou réduits. La mise en œuvre effective d’une telle compensation reste balbutiante, et représente un défi considérable au niveau institutionnel et politique, mais aussi du point de vue scientifique et technique. Il s’agit d’abord de cartographier la biodiversité pour mieux éviter les impacts (et déterminer lesquels ne seront pas compensables). Ensuite, des « métriques » doivent être développées pour pouvoir caractériser les impacts des projets sur la biodiversité, et analyser l’équivalence écologique entre ces impacts et les mesures à mettre en œuvre au titre de la compensation. Ces métriques prennent la forme d’indicateurs quantitatifs ou semi-quantitatifs à intégrer dans des méthodes de conception et de dimensionnement de la compensation qui mettent regard les « pertes » d’un côté et les « gains » de l’autre. L’équivalence étant toujours imparfaite, des « règles d’échange » doivent être définies et celles-ci devront, en outre, intégrer les dimensions temporelles et les incertitudes inhérentes à l’évaluation de la biodiversité.

Dans le stage, un accent particulier sera mis sur la zone du Tri-nationale Dja –– Odzala – Minkebe, connue sous le nom de « TRIDOM », et couvrant 141 000 km² entre les bassins du Dja (Cameroun et Congo), de l’Ivindo et de la Djoua (Congo et Gabon), et de la Mambili (Congo). On y trouve plus de 35 968 km² d’aires protégées, mais aussi de nombreuses concessions forestières et, minières. L’expansion des aires protégées existantes est une des solutions de compensation envisagée par certains opérateurs industriels et ONG, mais d’autres solutions pourraient être déployées : lutte anti-braconnage (aussi en complément de l’expansion des aires protégées), coupes sélectives ou exploitation à faible impact (avec ou sans certification), enrichissements forestiers, projets de développement apportant des alternatives de revenus aux populations rurales et liés à la conservation, etc. Ces solutions sont plus ou moins performantes d’un point de vue écologique ainsi qu’en termes de mise en œuvre (suivi et contrôle, pérennité, incitations perverses, effets sociaux, etc…) et de coût.

==Objectifs du stage==

L’objectif du stage est de développer des approches permettant de rendre comparables les diverses interventions possibles au titre de la compensation. Le stage aura donc pour but d’explorer différentes solutions de compensation et de proposer des métriques de « pertes » et « gains » de biodiversité qui permettrait de les comparer entre-elles pour choisir la ou les meilleures.

Une importante littérature a été consacrée à ces questions, mais elle est dominée par des considérations théoriques. Le stage proposé se veut nettement opérationnel, et devra développer une méthodologie permettant de mettre en regard différentes solutions, à minima de façon qualitative (par exemple via une analyse SWOT), et si possible de façon quantitative (par exemple en liens avec les surfaces nécessaires à différentes espèces de faune). La construction d’un cadre d’analyse multi-critère pourrait constituer une approche intermédiaire en termes de complexité, tout en apportant une réelle plus-value aux acteurs de terrain (entreprises, bureaux d’études, autorités publiques, etc.). La grille d’analyse devra pouvoir intégrer des critères de faisabilité (cout, pérennité, etc.).

Une hypothèse de travail consiste à relier un index de pression anthropique développé dans le cadre du projet « CoForTips » à des données sur la structure des forêts et la densité de faune, qui pourrait alors servir de proxy pour l’évaluation des pertes et gains de biodiversité.

==Conditions de réalisation du stage==

Le stage sera conduit dans le cadre d’un projet de recherché financé par la Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité: Scénarios de Biodiversité et Mécanismes de Compensation dans les Forêts du Bassin du Congo (CoForSet). Ce projet est coordonné par le CIRAD, et implique différents partenaires européens et africains, dont Biotope, le WWF, l’UICN et des instituts de recherche du Cameroun, du Congo et du Gabon. Le CIRAD a déjà acquis des volumes de données importants sur l’état et la composition des forêts de cette région, et le WWF dispose de données sur la distribution et l’abondance de certaines espèces menacées dans le Tridom (éléphants, grands singes, etc.).

Le stage sera encadré par Biotope, à Mèze (Hérault), avec une mission envisagée au Cameroun et/ou au Congo entre juin et aout 2016, avec l’appui logistique du CIRAD et du WWF. Après une phase de familiarisation avec le sujet à Mèze, la mission de terrain aura un double objectif :
– Accompagner un stagiaire de l’ETH de Zürich dans la réalisation d’ateliers de modélisation participative de la compensation à l’échelle du Tridom (companion modelling) – il est envisagé de réaliser ces ateliers à Yaoundé et/ou Brazzaville en juin 2016.
– Rejoindre une équipe du WWF pour participer à la collecte de données de terrain sur la faune dans des situations contrastées du point de vue de la pression anthropique (Cameroun et/ou Congo) – il est envisagé de réaliser cette collecte de données en juillet – aout 2016.

La ou le stagiaire recevra une indemnité de stage selon les barèmes en vigueur en France. Les frais de mission en Afrique centrale (transport, hébergement, etc.) sont couverts.

==Compétences souhaitées.==

L’intérêt pour les problématiques internationales de conservation et de développement durable est indispensable. Outre de solides connaissances de bases en écologie, et un appétit et une aptitude pour le terrain en milieu tropical, la ou le stagiaire devra faire preuve de compétences rédactionnelles et d’une capacité de synthèse entre des connaissances variées (en agronomie, foresterie, économie, biologie de la conservation, etc.). Une bonne maîtrise de l’anglais est indispensable, notamment pour accéder à la littérature scientifique.

Envoyez un CV complet et une lettre de motivation à Fabien Quétier ([email protected]).

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