Contexte : Les grands herbivores, sauvages et domestiques, jouent un rôle central dans les réseaux trophiques en étant à la fois des proies pour les grands prédateurs et pour les charognards et des consommateurs de la production primaire. Ils contribuent au niveau de l’écosystème à la dispersion des graines et d’une grande quantité de nutriments, participant ainsi et par d’autres mécanismes comme le piétinement à la structuration des sols. De nombreuses études se sont intéressées aux effets du pâturage domestique sur la biodiversité (aussi bien en termes de traits des espèces présentes, que de diversité d’espèces ou de communautés). Les résultats obtenus sont contrastés et les modèles, théoriques comme empiriques, suggèrent que le lien entre pâturage et biodiversité est complexe, et dépend notamment de la pression d’herbivorie, de la productivité du milieu, et de l’historique de la présence des herbivores (Milchunas et al. 1988, Austrheim & Eriksson 2001, van Wieren & Bakker 2008, Daskin & Pringle 2016). Par ailleurs, très peu d’études ont été menées en montagne alors que de nombreux alpages sont pâturés en été par des troupeaux domestiques, et toute l’année par des ongulés sauvages. Dans ces milieux où tous les végétaux sont exposés à la dent des herbivores, et où la pratique est historiquement ancrée, les modèles suggèrent que la diversité végétale (et en cascade, celle des arthropodes, oiseaux ou mammifères) pourrait être maximale pour des pressions d’herbivorie intermédiaires (van Wieren & Bakker 2008). En pratique, des résultats parfois contradictoires émergent du fait de la complexité des interactions herbivores/milieu, biomasse/richesse spécifique et du contexte des études (les comparaisons se font surtout sur les deux extrêmes, sur-pâturage ou abandon de la zone). Ces relations peuvent aussi varier en fonction de l’échelle spatiale considérée, un point souvent négligé dans les études sur la question, probablement faute d’une mesure spatialement explicite du niveau de présence des herbivores.

L’objectif de ce travail est d’identifier les interactions entre pression de pâturage, mesurée finement grâce à des colliers GPS, et la biodiversité à différentes échelles spatiales. Ce travail doit aussi permettre d’apporter de nouvelles interprétations pour améliorer l’articulation entre les modèles de biodiversité, et les recommandations en termes de pratiques d’élevage, qui répondent à des contraintes de gestion et de production. Ces questionnements sont particulièrement d’actualité pour la conservation de la biodiversité dans les socio-écosystèmes de montagne qui connaissent par ailleurs un réchauffement climatique 2 fois plus rapide qu’ailleurs, une intensification et une généralisation des activités récréatives, le développement de nouvelles infrastructures, et le retour de prédateurs comme le loup. Le retour de ce dernier impose en effet des contraintes en termes de protection (parc de nuit) et de conduite (plus serrée) qui replace ces questionnements dans le cadre plus général des réseaux trophiques et des effets top-down de la « prédation » (par les herbivores et lupine) sur la ressource (cascades trophiques) et la biodiversité associée. Enfin, le rôle du pastoralisme sur la biodiversité est une question particulièrement prégnante pour de nombreux espaces protégés dont ceux en (co-)gestion par l’Office Français de la Biodiversité. Sur ces espaces, les attentes sont doubles : conserver des habitats naturels (notamment ceux d’intérêt communautaire identifiés par la directive européenne habitat faune flore) tout en maintenant les activités humaines et avec le besoin indispensable d’identifier des pratiques ou itinéraires techniques qui soient le plus favorables à la biodiversité.

Objectifs : Ce travail a pour objectif de quantifier à différentes échelles spatiales le lien entre pastoralisme ovin et biodiversité. L’étude prendra place dans le massif de Belledonne et plus particulièrement au sein de sa Réserve Nationale de Chasse et de Faune Sauvage (45.23°N, 6.12°E).
Dans un premier temps, il s’agira pour l’étudiant(e) de définir les variables-clefs pour le suivi de la biodiversité sur le site d’étude en particulier, et sur les zones de landes alpines en général. Il/elle devra notamment contribuer à mobiliser les compétences/expertises internes (OFB) et externes (milieu académique, notamment CNRS, INRAe,…) sur ces questions.
Dans un second temps, les données GPS collectées sur les troupeaux du massif seront analysées pour construire un protocole de terrain qui permette de mesurer la réponse de l’écosystème (en termes de biodiversité) aux variations spatiales de présence des ovins.
Enfin, le protocole sera testé sur site (juin) afin de mesurer sa faisabilité et d’identifier les limites/contraintes avant un déploiement plus général en 2023. Les données obtenues seront aussi analysées pour dégager des premiers éléments de réponse/un premier modèle sur le lien entre biodiversité et gradient d’herbivorie dans ce massif. A noter que des données similaires ont commencé à être acquises en 2021 dans les Pyrénées où la pratique est très différente (troupeaux non parqués la nuit). Ces données pourront être mobilisées pour intégrer la réflexion dans un questionnement plus global.

Données disponibles : Depuis 2013, 5-6 unités pastorales (troupeaux ovins) du massif de Belledonne ont été suivies grâce à l’utilisation de collier GPS sur >80 individus. L’ensemble de ces unités compose une entité homogène d’environ 6000ha sur laquelle nous disposons ainsi d’une vision exhaustive de la pratique. Les données GPS collectées permettent notamment de cartographier précisément les distributions d’utilisation des animaux/troupeaux sur la zone. L’étudiant(e) aura aussi accès à des données cartographiques diverses. D’autres données GPS (>100 individus) sont aussi disponibles sur le bouquetin des Alpes qui occupe la zone et pourraient venir compléter les cartes de pâturage définies pour les ovins. Enfin, nous disposons pour les galliformes de montagne de diagnostics d’habitat et de données de comptage.

Structure d’accueil : Office Français de la Biodiversité – Direction de la Recherche et Appui Scientifique – Services Ecosystème Terrestre et Agriculture et Biodiversité. En lien avec la Délégation Régionale AURA de l’OFB (aires protégées) et en collaboration avec le laboratoire d’Ecologie Alpine au Bourget-du-lac. Deux résidences administratives possibles : campus universitaire du Bourget du Lac (Université Savoie Mont Blanc) ou Gières/Grenoble.

Contacts : Mathieu Garel ([email protected] – 0616099957), Marchand Pascal ([email protected] – 0760884093) et Carole Toïgo ([email protected]).

Compétences requises : niveau avancé en analyses statistiques, SIG et dans l’utilisation du logiciel R pour la manipulation de données spatiales. Rigueur scientifique, travail en équipe/réseau avec de multiples partenaires (académiques, pastoraux) et capacités éprouvées de déplacements en autonomie et en sécurité en milieu montagnard.

Conditions : stage de 6-8 mois – niveau Master 2 – localisation : OFB – Gières (38). Gratification : >546 €/mois (taux horaire, variable en fonction du mois et du nombre d’heures travaillées, voir https://www.service-public.fr/simulateur/calcul/gratification-stagiaire).

Pour candidater : merci d’adresser par mail un CV accompagné d’une lettre de motivation à [email protected], [email protected] et [email protected]

Références

Austrheim, G. & Eriksson, O. Plant species diversity and grazing in the Scandinavian mountains-patterns and processes at different spatial scales. Ecography, 2001, 24, 683-695

Daskin, J. H., & Pringle, R. M. 2016. Does primary productivity modulate the indirect effects of large herbivores? A global meta-analysis. Journal of Animal Ecology, 2016, 85, 857–868. https://doi.org/10.1111/1365-2656.12522

Milchunas, D. G.; Sala, O. E. & Lauenroth, W. K. A generalized model of the effects of grazing by large herbivores on grassland community structure. The American Naturalist, 1988, 132, 87-106

Van wieren, S. E. & Bakker, J. P. The impact of browsing and grazing herbivores on biodiversity The ecology of browsing and grazing 2008, 263-292

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