Descriptif du sujet de thèse et méthodes envisagées:

Cette thèse vise à revisiter les hypothèses relatives aux zones de ponte et au transport larvaire des anguillidés de l’Atlantique. Elle s’appuiera sur l’analyse de la variabilité́ des traits de vie larvaire déduite de l’analyse microchimique et microstructurale des otolithes de civelles d’anguilles européennes et américaines, capturées à l’issue de leur migration transocéanique dans des cours d’eau distribués du nord au sud de l’aire de distribution de chacune des espèces.
Les 16 espèces d’anguilles sont réparties dans tous les océans et tous les continents (hormis l’Antarctique). Apparues voici environ 100 millions d’années, dans l’actuelle région de l’Indonésie, elles ont lentement évolué́ à la faveur de la dérive des continents et des changements océanographiques. Il y a environ 25 à 30 millions d’années des évènements tectoniques ont séparé́ les lignées indopacifiques de la lignée atlantique. A partir d’un ancêtre commun, les deux espèces de l’Atlantique se sont progressivement isolées au fur et à mesure de la dérive des continents : l’espèce européenne étant répartie le long des côtes d’Europe, et du pourtour Méditerranéen tandis que l’espèce américaine se distribue entre le Québec, les caraïbes et le golfe du Mexique.
Alors que les habitats de croissance des deux espèces sont séparés par l’Océan Atlantique, leurs habitats de ponte sont supposés recouvrantes dans la mer des Sargasses, une immense zone de convergence nord atlantique qui s’étend sur près de 5 millions de km2 entre 75° et 15°E et entre 21° et 29° nord. Les zones de ponte n’ont toujours pas été confirmées avec certitude depuis les travaux de J Schmidt (1922), qui clame la découverte de la zone de ponte des anguilles européennes à partir de la répartition des tailles des larves leptocéphales dont les plus petites (environ 5 mm). Ce schéma a été́ confirmé lors de nombreuses campagnes océanographiques américaines (par exemple McCleave and Kleckner, 1987, Tesch, 1990 , Kuroki et al., 2017 ) mais pour autant aucun adulte reproducteur ni aucun œuf d’anguille n’ont encore été́ découverts sur la zone (Righton et al. 2016 ), tandis que des zones potentiellement favorables situées à l’est de la mer des Sargasses sont toujours insuffisamment explorées (Miller et al., 2014 ).
Une forte incertitude demeure également sur la durée et les voies de migrations empruntées par les leptocéphales depuis la zone de ponte jusqu’aux habitats de croissance continentaux qui est estimée à 12 mois d’après les comptages de stries de croissance sur les otolithes de civelles (jeunes anguilles transparentes arrivant dans les estuaires après la migration larvaire) ou 2 à 3 ans d’après les modèles de transport océanographiques (par exemple Bonhommeau et al., 2010 ). Ainsi une forte controverse est toujours d’actualité́ sur ce sujet (McCleave, 2008 ) et pourrait trouver une solution dans la possible existence de zones de ponte alternatives localisées à l’Est de la mer des Sargasses ainsi que le suggère une comparaison de la microchimie d’otolithes de leptocéphales capturés en mer des Sargasses avec celle de civelles échantillonnées dans les estuaires du nord au sud de l’Europe (Martin et al. 2010).
Notre objectif est ici de revisiter les hypothèses de transport larvaire et de l’unicité́ des habitats de ponte des anguilles européennes et américaines grâce à une analyse de la microstructure et des profils microchimiques des phases larvaires d’anguilles américaines et européennes.
Nous comparerons par ces méthodes, les histoires de vie des civelles d’anguilles atlantiques capturées simultanément du nord au sud de leur aire de distribution: de la Méditerranée à la Norvège et à l’Islande pour A anguilla et des Caraïbes au Saint Laurent pour A. rostrata.
L’hypothèse est ici que si les anguilles Atlantiques possèdent toutes les mêmes zones de ponte, nous devrions trouver des différentes durées de vie larvaire variant en fonction de la distance par rapport aux habitats de recrutement et des signatures élémentaires et isotopiques (∂18O) homogènes dans la partie centrale de l’otolithe, correspondant à la phase larvaire précoce. A l’inverse, si les zones de ponte sont séparées, nous devrions trouver des signatures élémentaires et isotopiques différentes entre les espèces et les localités de recrutement fluvial.
Pour cela nous disposons d’échantillons de civelles, tant pour l’espèce américaine que européenne, dont il faudra préparer les otolithes pour une estimation des durée et croissances des différentes écophases larvaires au microscope électronique à balayage (cf. Robinet et al. 2008, Réveillac et al., 2008). L’analyse microchimique quant à elle sera réalisée à la NanoSims du MNHN grâce aux méthodes développées au sein de l’UMR BOREA.

Profil du candidat recherché:
Le candidat devra posséder de solides aptitudes au travail de précision en laboratoire (préparation, inclusion des otolithes), une connaissance et une volonté́ de travailler avec des outils analytiques de haute technologie et enfin une maitrise des outils statistiques (logiciel R notamment) pour modéliser les liens entre microchimie des otolithes et conditions environnementales.
Le candidat aura à réaliser des expérimentations animales (maintien et élevage de civelles d’anguilles européennes à des températures connues). Par ailleurs, une connaissance des modèles étudiés serait appréciée et une maitrise des principales notions en océanographie physique et chimique serait un plus.

La date limite de candidature est fixée au 21 mai.
Les candidatures sont à saisir en ligne sur le site de l’école doctorale du MNHN. http://enseignementsuperieur.mnhn.fr/fr/enseignement-superieur/doctorat

Pour tout renseignement contacter Eric Feunteun par mail [email protected]

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