Titre: La réduction des effectifs de grives et merles à l’automne-hiver en France : déclins démographiques ou changements de stratégie migratoire ?

Eléments de contexte
Les espèces d’oiseaux du groupe des grands turdidés (genre Turdus) constituent une importante ressource cynégétique en Europe. Sur la base des données compilées par Hirschfeld & Heyd (2005) il est estimé que le prélèvement annuel sur ce groupe d’espèces s’établissait à environ 30.3 millions d’oiseaux sur la période 1995-2004. Ces prélèvements concerneraient en premier lieu la Grive musicienne (49%), le Merle noir (22%) et la Grive mauvis (14%). Pour la France, les estimations les plus récentes (saison 2013-2014) indiquent que les prélèvements s’élèveraient à environ 218 000 merles noirs et 2 300 000 grives au niveau national (Aubry et al. 2016). Les données historiques témoignent toutefois de prélèvements plus importants par le passé. Ainsi, ceux opérés au milieu des années 70 (grives uniquement) et 80 (grives et merles) étaient estimés respectivement à 26 et 13 millions d’oiseaux. A la fin des années 90, les prélèvements étaient estimés quant à eux aux alentours de 6,5 millions (Roux & Boutin 2000). Il ne peut être exclu que l’érosion des prélèvements cynégétiques trouve une explication partielle à la fois dans des différences de méthodologies entre les enquêtes successives (Aubry et al. 2016), ou dans une diminution de la pression de chasse sur ces espèces. Toutefois, il est également envisagé que cette érosion des prélèvements reflèterait une réduction de l’abondance de la ressource en lien avec des
phénomènes biologiques/écologiques opérant au sein des populations concernées.
Différentes hypothèses alternatives peuvent ainsi être avancées, parmi lesquelles :
– Un déclin des tailles des populations sources, conséquence d’une tendance négative associée à certains traits démographiques (survie, productivité ; Aebischer et al. 1999, Robinson et al. 2004),
– Une baisse de la fréquentation de notre pays à l’automne-hiver, conséquence d’une modification des comportements migratoires (e.g. Rivaland et al. 2007, Van Vlet et al. 2009, Visser et al. 2009).
A l’appui de ces hypothèses, les résultats du Réseau « Oiseaux de passage » témoignent d’une diminution prononcée de l’abondance hivernale de ces espèces en France depuis 2000. Si pour certaines espèces comme la Grive mauvis, la diminution des effectifs hivernants fait écho à une érosion des effectifs nicheurs en Europe (Source EBCC : 2004-2013 : -25%), ce n’est pas le cas pour d’autres comme la Grive musicienne (Source EBCC : 2004-2013 : +3%), chez laquelle il est par ailleurs observé un découplage entre les tendances des effectifs nicheurs et hivernants.
Dans ce contexte, la compréhension des processus démographiques (survie, fécondité,
mouvements) qui sous-tendent ces différentes tendances ainsi que l’appréciation de leur variation associée aux conditions environnementales (Robinson et al. 2014) représentent des aspects fondamentaux pour la gestion de ces espèces ressources cynégétiques. Cette compréhension se révèle d’autant plus décisive si l’on souhaite disposer d’éléments mécanistiques afin d’anticiper les conséquences des changements environnementaux futurs, mais aussi apprécier la durabilité du niveau d’exploitation de ces espèces.

Les principaux objectifs opérationnels
Trois objectifs structurent le travail de recherche :

Objectif 1 – L’identification des aires d’origine des contingents de migrateurs et d’hivernants.
Caractériser les grands patrons de migration de ces espèces en Europe. A l’échelle de l’Europe, ce travail avait été réalisé par Ashmole (Ashmole 1962) et Wilwright (2002, 2006). Pour la France, les connaissances existantes sont celles apportées par les travaux de Claessens conduits à la fin des années 80 (Claessens 1988, 1990). L’accent sera mis ici sur l’identification des grandes voies de migration et en particulier l’évaluation du degré de connectivité (Webster et al. 2002) des différentes populations. Les analyses seront conduites à partir des données de baguage selon des méthodes tentant de prendre en compte les biais spatiaux de report de bague (Korner-Nievergelt et al. 2010 a,b, 2014 ; Thorup et al.
2014). Pour la France, la détermination de l’origine des oiseaux hivernants sera complétée par une analyse des ratios de certains isotopes stables mesurés dans les plumes d’oiseaux capturés et/ou prélevés à la chasse (Hobson et al. 2004, Fox & Bearhop 2008).

Objectif 2 – L’hypothèse des changements de stratégies migratoires (migration versus résidence).
Evaluer les modifications éventuelles des stratégies de migration (ex : modification des
distances de migration, glissement des aires d’hivernage ; Austin & Rehfisch 2005, Nilsson et al. 2006, Rivaland et al. 2007, Visser et al. 2009, Ambrosini et al. 2016) et rechercher les facteurs proximaux à leur origine (Robinson et al. 2009, Chapman et al. 2011, Møller et al. 2014). Cet objectif comprend également l’étude des sources de variabilité attachées au phénomène de succession des phénotypes (âge et sexe) au cours des phases de migration ou d’hivernage (migration différentielle ; Chapman et al. 2011). Les modifications de stratégies de migration sur le long terme seront appréciées sur la base des données de baguage disponibles, ainsi qu’au travers d’une comparaison des ratios isotopiques mesurés dans les plumes de spécimens actuels et de spécimens anciens détenus dans les collections de
muséums nationaux et régionaux.

Objectif 3 – L’hypothèse démographique : déclin de certaines populations.
Caractériser la dynamique de population chez ces espèces, en particulier : 1) évaluer les
tendances des populations nicheuses dont sont originaires les oiseaux qui fréquentent à la France à l’automne-hiver, 2) identifier les processus démographiques qui sous-tendent les taux d’accroissement des populations en appréciant notamment la variabilité spatiale et temporelle attachée à certains traits démographiques fondamentaux (taux de survie, Payevsky & Vysotsky 2003, Robinson et al. 2004 ; productivité des populations, Juillard et al. 2004). La poursuite de cet objectif s’appuiera à la fois sur des analyses usuelles des données de baguage, ainsi que sur des analyses combinant des données de démographie et des données de suivi d’abondance (Robinson et al. 2014). Selon les paramètres étudiés
et les données disponibles, les analyses seront conduites à différentes échelles : à l’échelle de certaines populations reproductrices (France incluse) et à l’échelle de la population migratrice qui transite/hiverne en France.

Ce descriptif du sujet est disponible en PDF sur demande auprès de Cyril Eraud ([email protected]).

Les sources de données
– Répartition et abondance des populations nicheuses et hivernantes en France
Les données d’abondance des différentes espèces en hiver seront extraites de la base de données spatialisées du Programme « Flash » (Réseau « Oiseaux de passage », Roux et al. 2015). Ce programme appuie sa méthodologie sur environ 5 000 points d’observation répartis sur l’ensemble du territoire national et prospectés chaque hiver depuis 2000.
Les données d’abondance en période de reproduction (T. merula, T. philomelos) seront issues des programmes ACT (Roux et al. 2015) et STOC-Points d’écoute (STOC-EPS, Jiguet & Julliard 2003), lesquels mesurent les variations d’effectifs en France métropolitaine depuis le milieu des années 1990.
– Les données de baguage en France
Pour les trois espèces ciblées, les données de baguage-contrôle/reprise disponibles incluent la totalité des données saisies dans la Base de données de baguage et déplacements d’oiseaux de France du CRBPO. La période couverte s’étend de 1960 à nos jours (voir https://crbpodata.mnhn.fr/). Pour les deux espèces qui se reproduisent en France (T. merula, T. philomelos), les données accessibles incluent également celles extraites des opérations de capture-marquage-recapture conduites dans le cadre du Programme STOC-Capture depuis 1989 (http://crbpo.mnhn.fr/spip.php?article41&lang=fr).
– Les données de baguage en Europe
A l’échelle de l’Europe, les sources de données mobilisables incluent principalement la base
EURING (http://www.euring.org/). Un appel à collaboration sera également émis auprès des principales stations de baguage du Nord de l’Europe afin de recueillir des données permettant notamment d’étudier l’évolution de la composition des flux migratoires (e.g. âge-ratio). Les centrales de baguage qui appliquent des protocoles de suivi identiques au STOC-Capture (ex : Finlande) seront également sollicitées afin d’obtenir les données nécessaires à l’étude du fonctionnement de certaines populations reproductrices autres que françaises.
– Répartition et abondance des populations nicheuses en Europe
Les informations disponibles sur les variations d’effectifs des populations nicheuses à travers
l’Europe incluent les données recueillies dans le cadre des suivis organisés dans les différents pays et versées au Pan-European Common Bird Monitoring Scheme (PECBMS, http://www.ebcc.info/pecbm.html).

Equipe d’accueil : Le projet sera réalisé au sein de l’Office National de la Chasse et de la Faune
Sauvage – Unité Avifaune migratrice, en partenariat avec le Centre de Recherche sur la Biologie des Populations d’Oiseaux (UMR 7204 CNRS MNHN UPMC – CESCO).

Encadrants: Cyril ERAUD ([email protected]), Frédéric JIGUET ([email protected])
et Pierre-Yves HENRY ([email protected]).

Lieu d’affectation du Doctorant : Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage. Réserve de Chizé. 79 360 Villiers-en-Bois. France.
Emploi. L’allocataire de recherche sera engagé pour une période de 3 ans (Octobre 2017 – Septembre 2020), sur la base d’un salaire mensuel net de 1 370 €. Il(elle) s’engage à rédiger une thèse, et à valoriser ses résultats par des publications (au moins deux avant la soutenance) dans des revue internationales de haut rang et des communications dans des congrès internationaux.

Candidature. Le(la) candidat(e) doit être titulaire ou suivre cette année un Master 2 dans des
disciplines relevant des Sciences de la Vie : Ecologie, Biologie évolutive, Biométrie ou autres
disciplines pertinentes.
Le(la) candidat(e) doit posséder les compétences suivantes :
– Bonne connaissance des méthodes d’analyses de données issues de programmes de capturemarquage-recapture/reprise et des logiciels associés (Mark, E-Surge, …).
– Maitrise des outils d’analyses statistiques et cartographiques usuels (R, SIG, …).
– Maitrise de l’Anglais scientifique (écrit et oral).
– Notions d’ornithologie.

Les dossiers de candidature (lettre de motivation et CV) sont à adresser par courriel aux adresses suivantes : [email protected], [email protected] et [email protected] Les candidatures seront accompagnées des noms et adresses e-mail d’au moins deux personnes référentes. Les CVs indiqueront les rangs et mentions. Les candidatures incomplètes ne seront pas prises en compte. Une première sélection sera effectuée
sur la base du dossier de candidature. Les candidat(e)s retenu(e)s seront invité(e)s à une audition à Paris dans le courant du mois de juillet 2017.

Date limite de dépôt des dossiers: 25 Juin 2017 (minuit).

Pour tous renseignements vous pouvez contacter : Cyril ERAUD (+33 (0)5 49 09 74 12). – email: [email protected]

Le contenu de cette offre est la responsabilité de ses auteurs. Pour toute question relative à cette offre en particulier (date, lieu, mode de candidature, etc.), merci de les contacter directement.

Pout toute autre question, vous pouvez contacter [email protected].