Les individus font face à un compromis évolutif entre le nombre et la taille des propagules qu’ils peuvent produire, ces deux traits contraignant simultanément les capacités de colonisation et de compétition des propagules. Une stratégie colonisatrice consiste à produire de nombreuses propagules dispersant loin, tandis qu’une stratégie compétitrice consiste à produire de grosses propagules à croissance rapide. Alors que la majorité des études se focalisent sur l’allocation moyenne (p. ex. nombre moyen ou taille moyenne des propagules), certaines espèces présentent une variabilité importante dans ces stratégies. L’évolution de cette variabilité est l’objet de la thèse. L’objectif est d’étudier l’allocation des ressources aux propagules chez une espèce présentant les deux stratégies (colonisatrice et compétitrice), en prenant en compte la richesse, la fragmentation et les variations temporelles et spatiales de l’environnement qui affectent le succès de ces stratégies. La thèse combinerait une approche théorique par simulations et une approche empirique utilisant la fourmi Européenne Myrmecina graminicola comme modèle biologique.

Le travail théorique chercherait à comprendre comment le nombre et la taille des propagules, et surtout la variabilité de cet investissement dépendent des fluctuations temporelles et spatiales de l’environnement. Plus précisément, il (1) étudierait des modèles non spatialisés simplifiés mais prenant en compte les variations interannuelles de l’environnement, en s’appuyant sur l’adaptation de modèles de bet hedging existants (p. ex. Rajon et al 2014) aux contraintes inhérentes aux insectes sociaux. Par ailleurs, il (2) développerait un modèle spatial pour comprendre l’influence des gradients environnementaux et de la fragmentation sur les stratégies sélectionnées. Ce modèle étudierait l’évolution de la variabilité de l’investissement en mettant en compétition des stratégies plus ou moins plastiques dans des conditions spatiales données. Il s’appuierait sur un modèle existant publié par l’équipe (Cronin et al 2016), focalisé sur la compréhension de l’investissement moyen, et son développement pourrait s’appuyer sur la collaboration toujours en cours avec Nicolas Loeuille (Equipe Ecologie et Evolution des Réseaux d’Interactions, iEES Paris).

La partie empirique utiliserait la petite fourmi Européenne M. graminicola, qui produit de nombreuses petites propagules constituées d’une reine ailée seule (stratégie colonisatrice) ou quelques grosses propagules constituées de reines aptères (plus exactement d’intercastes) et d’ouvrières (stratégie compétitrice, Buschinger et al 2003). Nous (3) analyserions l’abondance des deux types de propagules dans des populations où l’on mesurerait aussi des paramètres de qualité de l’environnement, afin de tester la prédiction que la stratégie colonisatrice domine les environnements fluctuants et de moindre qualité tandis que la stratégie compétitrice domine les environnements stables et riches. Nous déterminerions aussi si et dans quelles conditions certaines colonies combinent les deux stratégies, c.-à-d. produisent à la fois ou alternativement les deux types de propagules. Finalement, nous (4) mesurerions l’investissement dans la reproduction des deux stratégies, en nous focalisant particulièrement sur l’allocation des ressources entre les propagules produites par une même colonie mère. La variation d’allocation possible entre propagules est très probablement plus limitée pour la stratégie colonisatrice que pour la stratégie compétitrice. Par exemple, nous avons montré chez la fourmi Cataglyphis cursor, qui suit une stratégie compétitrice, que les propagules contiennent un nombre d’ouvrières très inégal (Chéron et al 2011) et qui semble sensible à l’intensité de compétition locale (Cronin et al 2012), suggérant que le patron d’allocation est flexible et dépendant du contexte. Des comparaisons pourraient par ailleurs être faites entre notre espèce modèle M. graminicola et l’espèce proche M. nipponica dans le cadre d’une collaboration de longue date avec Adam Cronin (Associate Professor, Tokyo Metropolitan University).

Équipe d’accueil :
La thèse serait rattachée à l’équipe « Les espèces sociales dans leurs environnements : adaptation et évolution (ESEAE) », qui étudie divers aspects de l’écologie, de l’évolution et du fonctionnement des sociétés d’insectes, par exemple les conflits d’intérêts entre individus et leur régulation, l’évolution des castes morphologiques (reines, ouvrières, soldats), les interactions symbiotiques (fourmis champignonnistes), la communication chimique (signaux de fertilité, phéromones de pistes) et les stratégies de fondation des nouvelles colonies (dispersion, allocation des ressources, compétition). Elle utilise pour cela plusieurs espèces de fourmis comme modèles expérimentaux et combine des approches théoriques, descriptives et expérimentales, en milieu naturel, dans des dispositifs expérimentaux in situ (10 enclos en conditions naturelles contrôlées installés à Banyuls-sur-mer) et au laboratoire.

– Directeur de thèse HDR  :
Thibaud MONNIN, DR CNRS, [email protected]
Nicolas LOEUILLE, PU Sorbonne-Université, [email protected]

-Processus de candidature.

Le (la) candidat(e) devra être intéressé par les aspects théoriques et empiriques du projet. Il devra avoir des connaissances de bases en écologie générale et en écologie théorique. Des compétences en programmation seront bienvenues pour développer les modèles, ou a minima des notions de programmation. Il (elle) devra aussi avoir un intérêt pour les approches empiriques, y compris pour faire les nombreuses sorties de terrain nécessaires.

La candidature a pour cadre le concours de l’Ecole doctorale Sciences de la Nature et de l’Homme : écologie & évolution (ED227).
Les candidatures doivent être envoyées à [email protected] et [email protected] Chaque dossier devra comporter :
-une lettre de motivation en rapport avec le sujet
-un CV
-deux lettres de recommandation, à faire envoyer directement à [email protected] et [email protected]
-relevé de notes et si possible classements, niveau master 1 et master 2.
-candidature souhaitée avant le 15 mai 2018.

Le contenu de cette offre est la responsabilité de ses auteurs. Pour toute question relative à cette offre en particulier (date, lieu, mode de candidature, etc.), merci de les contacter directement.

Pout toute autre question, vous pouvez contacter [email protected].