Les peuplements et les paysages forestiers sont en évolution constante sous l’effet de nombreux forçages et pressions liés au changement global, et ce depuis des siècles : artificialisation des terres, abandon de l’agriculture, changement climatique, acidification et eutrophisation des sols, changement des essences d’arbres, intensification ou arrêt de l’exploitation forestière. Au cours des vingt dernières années, plusieurs travaux ont souligné l’importance d’inclure une approche historique dans les études écologiques, à la fois pour comprendre la structure et le fonctionnement actuels des écosystèmes, mais aussi pour mieux évaluer les objectifs de conservation. Ces travaux ont donné naissance à un nouveau champ interdisciplinaire appelé « écologie historique ».
La forêt française n’échappe pas à ces évolutions et a connu elle aussi des évolutions notables de sa surface au cours des derniers siècles au gré des évolutions démographiques humaines et des besoins de terres pour l’agriculture et l’élevage. Depuis le milieu du XIXe siècle, elle connaît une progression rapide qui conduit aujourd’hui à distinguer les « forêts anciennes », déjà existantes à cette période, des « forêts récentes », installées depuis sur des terrains non boisés. Pourtant, un bilan fait récemment sur 43% du territoire français (où l’occupation du sol passée a été vectorisée à partir de la carte d’état-major, http://www.gip-ecofor.org/cartofora/) indique que cachée derrière cette forte progression, la surface des forêts anciennes ne représente plus aujourd’hui que 85% des forêts présentes sur la carte d’Etat-major. Les forêts anciennes continuent donc à disparaître lentement. Par conséquent, des actions de protection s’imposent, au moins à l’échelle régionale. L’Angleterre, l’un des pays d’Europe au plus faible taux de boisement et, plus récemment, la Belgique ont déjà inscrit la protection des forêts anciennes dans leurs lois et règlements forestiers. Au niveau mondial, des initiatives sont prises par l’UICN pour mieux prendre en compte l’ancienneté des forêts dans les politiques de conservation de la nature.
Les parcs nationaux, soucieux de préserver le patrimoine naturel de leur territoire couvert aujourd’hui à hauteur de 15 à 70% par la forêt, s’intéressent depuis plusieurs années aux forêts anciennes. Ils souhaitent les identifier et connaître leurs spécificités en terme de biodiversité pour mieux les protéger, et proposer aux gestionnaires forestiers des préconisations de gestion adaptées. En effet, les établissements des parcs nationaux, qui interviennent particulièrement en zone cœur (zone réglementée), émettent un avis sur les documents de gestion forestière et peuvent autoriser certaines interventions. Depuis 2010, l’occupation du sol représentée sur les cartes d’Etat-major du milieu du XIXe siècle ou du cadastre napoléonien a été vectorisée sur sept parcs nationaux. Une analyse inter-parcs menée en 2015 par PNF, en collaboration avec l’INRA et Irstea, a permis de mettre en évidence les caractéristiques communes ou spécifiques des évolutions des massifs forestiers et de leur localisation depuis 150 ans, selon les contextes géographiques, climatiques ou historiques des territoires. Le taux d’érosion des forêts présentes sur la carte d’état-major s’élève à 14% en Vanoise et 16% dans les Pyrénées, mais est faible dans les Cévennes, en Champagne-Bourgogne et dans le Mercantour (4 à 7%). Ce travail inter-parcs nationaux offre une base commune pour aller plus loin dans la connaissance des forêts anciennes et engager un travail sur les liens entre continuité de l’état boisé, nature des usages précédant la forêt et biodiversité forestière.
Pour fournir aux gestionnaires des recommandations de gestion pertinentes, cette thèse financée par l’Agence Française de la Biodiversité vise (i) à mieux comprendre les legs des anciennes utilisations des terres sur la biodiversité et les sols forestiers actuels et (ii) à clarifier les interactions potentielles entre ces legs et la gestion forestière actuelle, en se basant sur l’utilisation passée des terres fournie par la carte d’état-major (1850). Par une approche multi-taxonomique menée sur plusieurs espaces protégés de montagne, ce travail d’écologie historique poursuit les trois objectifs suivants : (A) déterminer à partir de bases de données existantes si les forêts anciennes présentent pour certains groupes taxonomiques une plus grande richesse en espèces rares, spécialistes et patrimoniales ; (B) identifier par une approche multi-taxonomique (flore, champignons, coléoptères saproxyliques, collemboles) quelles pratiques de gestion (choix d’essences, modalités de régénération, modalités d’exploitation, itinéraire sylvicole) sont défavorables au maintien des espèces de forêts anciennes et (C) préciser par une approche fonctionnelle si le mode d’utilisation passée des terres (forêt, culture ou pâture) a une influence différente sur le sol, les plantes vasculaires du sous-bois et leurs traits de vie.

Profil du candidat recherché
Le candidat devra disposer d’un Master recherche en écologie végétale ou animale et/ou en écologie du paysage et s’intéresser si possible aux approches géo-historiques. Il devra connaître les traitements statistiques (sous R de préférence) et avoir des compétences en SIG. Il devra préparer et coordonner la campagne de terrain avec relevés floristiques et faunistiques, mesures de paramètres environnementaux (sol, peuplement forestier) et mesures de traits de vie fonctionnels sur les plantes.

Informations complémentaires
– Encadrement : Directeurs de thèse : Laurent Bergès (Irstea UR LESSEM) & J.-L. Dupouey (INRA UMR Silva Nancy)
– Collaborations avec les Parcs Nationaux de France (AFB), l’EI Purpan, le laboratoire PACTE, le LECA, le Conservatoire Botanique National Alpin et les gestionnaires forestiers (ONF).
– Démarrage de la thèse : à partir d’octobre 2019
– Lieu de travail : Irstea, UR LESSEM, 2 rue de la papeterie, BP 76, 38402 Saint-Martin-d’Hères Cedex
– Contrat : le doctorant est lié à Irstea par un contrat à durée déterminée donnant lieu à la protection sociale de droit commun. La durée du contrat est de trois ans.
– Rémunération mensuelle (janvier 2019) : 1 874,41 € bruts (1506,46 € nets).
– Le candidat devra avoir soutenu son master (ou équivalent) lors de la constitution du dossier de recrutement.

Les candidatures (CV et lettre de motivation) sont à déposer avant le 19/05/2019 sur le site dédié : https://pasi.irstea.fr/fr/campagne/2.
Pour tous renseignements complémentaires sur la thèse, s’adresser à : [email protected]

Le contenu de cette offre est la responsabilité de ses auteurs. Pour toute question relative à cette offre en particulier (date, lieu, mode de candidature, etc.), merci de les contacter directement. Un email de contact est disponible: [email protected]

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