CONTEXTE: Les zones humides sont des milieux naturels dynamiques et productifs à forte valeur socio-économique. Toutefois, ces habitats sont particulièrement affectés par l’intensification des activités humaines et par le changement climatique. Ces hydrosystèmes font l’objet de nombreuses actions de restauration dont la pertinence et l’efficacité à long terme restent floues. En Alsace, le programme européen « Restauration des milieux humides rhénans et préservation de la biodiversité dans les environs de la Lauter », initié en 2009 par le Conseil Départemental du Bas-Rhin (CD67), a permis de recréer la trame bleue transfrontalière franco-allemande en vue de l’établissement et/ou du renforcement d’espèces emblématiques des zones humides rhénanes, dont la cistude d’Europe Emys orbicularis. Au delà de son caractère emblématique, cette petite tortue d’eau douce occupe une niche écologique originale : elle présente une vaste distribution géographique, c’est un consommateur opportuniste allant de la nécrophagie à la prédation (macro-invertébrés aquatiques essentiellement), et sa physiologie ectotherme la soumet à l’influence directe de la température ambiante (et donc du changement climatique) dont elle est tributaire pour assurer sa thermorégulation (notamment lors d’épisodes d’insolation). Depuis 2011, l’IPHC (CNRS UMR7178) et le LIVE (CNRS UMR7362) travaillent de concert pour évaluer (1) l’efficacité des actions de restauration des habitats sur la biodiversité et (2) le rôle de la cistude dans le fonctionnement des milieux restaurés, ce (3) afin d’apporter une base scientifique d’aide à la gestion raisonnée des espaces et des espèces.

OBJECTIFS/HYPOTHESES : Nous étudierons l’écophysiologie de cistudes issues de populations confrontées à des conditions environnementales et climatiques contrastées le long d’un gradient latitudinal à travers l’Europe. Nous testerons 2 hypothèses : _H1_ Du fait de sa physiologie, la cistude est supposée ajuster son comportement thermorégulateur le long d’un gradient climatique. Par une approche écophysiologique développée à l’IPHC basée sur l’utilisation de la microélectronique embarquée sur la faune sauvage, de la thermographie infrarouge et de la respirométrie en conditions contrôlées, nous étudierons le budget-temps et les bilans thermiques/énergétiques saisonniers d’individus soumis à des conditions climatiques actuellement favorables (Aquitaine, Roussillon), médianes (Alsace) et extrêmes (Lettonie). _H2_ Du fait de son comportement opportuniste, l’écologie alimentaire et fonctionnelle de la cistude sont supposées suivre la phénologie des principales espèces-proies. Par une approche écologique développée au LIVE, le candidat mènera un suivi de la diversité spécifique et de la biomasse en macro-invertébrés des mares naturelles et récemment restaurées accueillant actuellement des cistudes en Alsace pour proposer des indicateurs de qualité des milieux, de disponibilité et de qualité alimentaire pour les cistudes et in fine d’efficacité des actions de restauration en faveur de l’espèce. Ces deux résultats seront combinés aux suivis du régime alimentaire et de croissance des cistudes menés à l’IPHC afin d’estimer la pression de prédation exercée par les cistudes sur les ressources, et inversement l’impact de la qualité du milieu sur l’état de santé des individus.
In fine, nous chercherons à identifier les déterminants environnementaux et individuels de la survie et du rôle fonctionnel des cistudes confrontées à des conditions climatiques et écologiques contrastées, et ainsi de proposer des scenarii de dynamique de population dans le contexte du changement global. Ces résultats contribueront à orienter des programmes de conservation similaires développés en France (PNA cistude) et en Europe.
Ces approches ont déjà été validées et ont fourni un jeu de données sur plusieurs années qui constituera l’état de référence. Le candidat bénéficiera des collaborations et les renforcera en particulier lors de missions de terrain. Ce projet bénéficie de financements récurrents (CD67, CNRS, Site d’Etude en Ecologie Globale).

MOT CLES : climat, hydrosystèmes, écophysiologie, monitoring, vertébrés, conservation, gestion durable

COMPETENCES SOUHAITEES : Connaissances solides en écologie, en physiologie animale, en biologie des organismes et des populations ; connaissances naturalistes en entomologie et herpétologie ; connaissances de base en analyse du signal (Matlab est un plus) ; compétences en analyse de données et en statistiques (ANOVA, régression multiple, analyse en composantes principales, statistiques non-paramétriques) et maîtrise avérée de logiciels statistiques ; maîtrise de l’anglais lu, écrit et parlé ; une expérience de terrain est un plus, avec capacité à mener des protocoles de terrain en autonomie et en équipe.

EXPERTISES QUI SERONT ACQUISES AU COURS DE LA FORMATION : Ecologie : suivi des hydrosystèmes (caractérisation abiotique et biologique, taxonomie des macro-invertébrés aquatiques) ; suivi de populations (zootechnie, biométrie, démographie). Ecophysiologie : Suivi comportemental de la faune sauvage (systèmes d’acquisition de données embarqués, télémétrie, radiopistage) ; physiologie (biochimie, thermographie, respirométrie). Général : Gestion de projet et de calendrier ; gestion et analyses de bases de données, analyse du signal et traitements statistiques, modélisation des réseaux trophiques ; rédaction scientifique ; consolidation de réseaux scientifiques.

PROCEDURE :
Le sujet de thèse a été déposé pour le concours 2017 de l’Ecole Doctorale 414 de l’Université de Strasbourg.
Les candidatures sont à envoyer à JYGeorges, par courriel, avec cv actualisé et lettre de motivation.

CONTACT :
Jean-Yves Georges, [email protected], 0388106950
Institut Pluridisciplinaire Hubert Curien, IPHC (Université de Strasbourg, CNRS, UMR7178), Département Ecologie, Physiologie et Ethologie, 23 rue du Loess, Strasbourg.