Appel à candidat-e-s pour une thèse financée

Sujet de recherche : La participation aux programmes de sciences participatives, outil pour mieux comprendre la dynamique de la biodiversité en milieu agricole, et moteur de changements des pratiques?

Encadrants : Emmanuelle Porcher (HDR en écologie, Directrice principale de thèse), Etienne Maclouf (HDR en sciences de gestion, co-encadrant) et Rose-Line Preud’Homme, au Centre d’Ecologie et des Sciences de la Conservation (CESCO)

Dans un contexte de transition agroécologique de l’agriculture, il existe un double besoin de mieux connaître les effets des pratiques agricoles sur la biodiversité, et d’identifier le rôle de cette connaissance dans le changement des pratiques en faveur de la biodiversité. Les programmes de suivis participatifs de la biodiversité fournissent un angle original pour aborder ces questions.

La biodiversité occupe une place importante dans la transition agricole, d’une part car l’agriculture est souvent considérée comme une cause majeure d’érosion de la biodiversité, d’autre part car la biodiversité fournit de nombreux services pour la production agricole. Cependant les problématiques liées à la biodiversité tardent à être intégrées dans les politiques publiques, notamment pour deux raisons : (1) les effets des pratiques sur la biodiversité restent mal connus, car ils sont multiples, en interaction avec le contexte paysager et souvent étudiés à des échelles locales et sur un nombre restreint de groupes taxonomiques (plantes, oiseaux, pollinisateurs dans une moindre mesure) ; (2) les agriculteurs sont peu familiers des enjeux liés à la biodiversité des milieux agricoles mais également largement contraints par des normes industrielles et sociales. Les programmes de suivis participatifs de la biodiversité sont un outil novateur en expansion pour progresser sur ces deux points. L’objectif de la thèse sera d’étudier les apports d’un programme de suivi participatif de la biodiversité, l’observatoire agricole de la biodiversité (OAB, une initiative du Ministère en charge de l’Agriculture, volet agricole du programme Vigie-Nature, observatoire-agricole-biodiversite.fr/) d’une part pour évaluer les effets des pratiques sur la biodiversité des milieux agricoles, d’autre part pour comprendre comment l’information sur la biodiversité obtenue par les agriculteurs participants est mobilisée, dans un contexte local, pour appuyer un changement de pratiques.
Dans un premier volet, on analysera les données récoltées au cours des premières années de fonctionnement de l’OAB pour mettre en relation pratiques agricoles et biodiversité. L’OAB existe depuis 2011 ; il se fonde sur l’utilisation de protocoles standardisés permettant de mesurer l’abondance de quatre groupes taxonomiques (papillons, abeilles solitaires, vers de terre, invertébrés du sol). En moyenne 250 agriculteurs participent à ce programme chaque année (représentant plus de 1000 exploitations depuis 2011); des données de biodiversité, mais aussi de pratiques, sont ainsi désormais disponibles sur un minimum de 500 parcelles distribuées sur toute la France et sur une large gamme de types de culture, prairies incluses. L’analyse de ces données mobilisera des outils et approches utilisées dans le laboratoire d’accueil, permettant notamment d’étudier l’effet conjoint des pratiques dans la parcelle et du contexte paysager. Cette analyse fournira une vision nouvelle des relations entre agriculture et biodiversité, en s’intéressant à des groupes taxonomiques encore mal étudiés en milieu agricole, mais à fort intérêt pour les agriculteurs (par exemple vers de terre et invertébrés prédateurs du sol), en examinant les liens entre différents groupes taxonomiques et en proposant pour la première fois une étude temporelle de la biodiversité agricole. Il faudra évaluer la pertinence de différents indicateurs de biodiversité (taxonomiques, fonctionnels) pour caractériser les effets des pratiques et communiquer sur ces pratiques. Les protocoles de l’OAB, à l’usage des agriculteurs, sont standardisés mais simplifiés. Pour vérifier leur pertinence, les résultats seront comparés à ceux obtenus avec des protocoles de terrain plus complexes et plus exhaustifs, en utilisant des données déjà disponibles et éventuellement en les complétant avec un travail de terrain. A terme, les résultats de ces analyses seront intégrés dans des outils de cartographie de la biodiversité agricole, dans le cadre d’un projet ANR qui vient d’être financé (ANR VG4BIO).
Dans un second volet, il s’agira de voir dans quelle mesure la participation au programme de suivi accompagne l’adoption de pratiques agricoles plus favorables à la biodiversité. Comme point de départ, la littérature en sciences de gestion, l’expérience accumulée par le Museum National d’Histoire Naturelle en la matière ainsi que les études existantes sur les programmes participatifs, suggèrent d’envisager au moins trois dimensions : 1) les apprentissages directement induits par la participation, qui dépendront notamment de l’observation terrain, de l’appropriation des indicateurs par les participants, mais aussi de leur perception de la contribution demandée ; des connaissances diffusées ; des capacités du programme à répondre à leurs attentes ; 2) les caractéristiques de l’exploitation et de son dirigeant, les choix et les contraintes (stratégiques et sociales) ; 3) le soutien perçu : par les groupes d’agriculteurs engagés dans le programme (locaux ou non), par les relations de proximité (par exemple rôle du nouveau réseau de sites de démonstration, les riverains, les collectivités), et par les clients, les fournisseurs, les réseaux professionnels de filière, les politiques publiques. Conformément à la littérature, nous nous attendons à observer des liens entre les pratiques et la répartition des connaissances. Nous chercherons notamment à savoir si la participation au programme de suivi est associée à une réappropriation des savoirs et des techniques par les agriculteurs, avec des communautés de pratiques qui émergent ou évoluent, physiques ou virtuelles. A l’issue de ce travail, les nouvelles pratiques agricoles à prendre en compte dans l’analyse ainsi que les variables permettant d’expliquer leur adoption par l’exploitant seront définies plus précisément.

Dans un dernier volet, plus pratique, les résultats obtenus permettront de mieux caractériser les différentes voies actuellement suivies pour rendre l’agriculture plus soutenable, notamment à usage des investisseurs responsables.

Laboratoire d’accueil : Centre d’Ecologie et des Sciences de la Conservation, UMR 7204 (http://cesco.mnhn.fr). Le CESCO développe des recherches pour la conservation de la biodiversité, en mobilisant des approches d’écologie et d’évolution, ainsi que des interfaces avec les sciences sociales. Les objets d’études couvrent toutes les composantes de la biodiversité, avec un accent particulier sur les écosystèmes agricoles. Le CESCO est impliqué dans plusieurs projets de recherche en cours ou en recherche de financements sur cette thématique (ANR Wheatamix, ANR VG4BIO, TRUSTEE ; programme DIVA LEVANA, projet Européen FarmGov) ; il est coordinateur scientifique du suivi des effets non-intentionnels de l’agriculture (ministère de l’agriculture) ; il coordonne l’OAB (ministère de l’agriculture) en animant le réseau ; il contribue à l’Evaluation Française des Services Ecosystémiques (EFESE) pour les écosystèmes agricoles (ministère de l’écologie). Le CESCO travaille aussi en partenariat avec des acteurs du monde agricole : chambres d’agriculture, coopératives (In Vivo – AgrosSolutions), etc… Le CESCO possède également une forte expertise en termes de sciences participatives, via la plate-forme Vigie-Nature (http://vigienature.mnhn.fr/) qui regroupe une vingtaine d’observatoires de la biodiversité ordinaire.
Le/la doctorant-e sera aussi doctorant-e associé-e au Laboratoire de sciences de gestion de Paris 2 Panthéon-Assas (EA3386 LARGEPA), pour assurer l’ancrage de son travail en sciences de gestion, au sein d’une équipe de chercheurs spécialisés en théorie des organisations. Il/elle participera aux groupes de travail thématiques et aux séminaires mensuels. Le/la doctorant-e pourra être issu-e de toutes disciplines des sciences sociales pourvu qu’il/elle ait un solide bagage scientifique et un bon anglais à l’écrit.

La thèse est financée par le Crédit Agricole, pour une durée de trois ans. Début prévu en septembre 2018 (les étudiants actuellement en M2 peuvent donc postuler).

Nous recherchons un-e candidat-e avec un fort intérêt pour l’étude de la biodiversité en milieu agricole, avec deux types de profil possibles :
– Master en écologie, avec une ouverture vers les approches interdisciplinaires incluant les sciences sociales ;
– Master en sciences sociales, avec un fort intérêt pour l’écologie.
Dans les deux cas, les candidat-e-s devront avoir une formation solide en analyse de données.

Pour faire acte de candidature, envoyez une lettre de motivation, un CV détaillé incluant notamment les notes de master, les coordonnées de personnes pouvant vous recommander, et toute autre pièce qui vous paraît utile, à Emmanuelle Porcher ([email protected]) avant le 15 mai 2018. Nous contacterons les candidat-e-s à la fin du mois de mai pour un éventuel entretien début juin.

Le contenu de cette offre est la responsabilité de ses auteurs. Pour toute question relative à cette offre en particulier (date, lieu, mode de candidature, etc.), merci de les contacter directement.

Pout toute autre question, vous pouvez contacter [email protected].