L’impact de la chasse baleinière durant le siècle dernier et les récents changements environnementaux constituent un problème de conservation majeur pour les populations de grandes baleines dans l’hémisphère sud. Avant la mise en place en 1982 d’un moratoire sur la chasse baleinière, on estime, par exemple, que plus de 99% des effectifs de baleine bleue Antarctique ont été décimés dans l’océan austral. Une initiative internationale est en cours pour coordonner leur étude dans l’océan austral afin de proposer des mesures de conservation basées sur des connaissances scientifiques solidement établies.

La reconstitution des populations de grandes baleines dans l’hémisphère sud reste très mal connue et la collecte de données par des méthodes classiques comme les observations visuelles en mer reste difficile et très limitée, en raison des conditions climatiques et de l’éloignement géographique de ces régions. Cependant, les grandes baleines émettent des signaux sonores spécifiques (vocalises) permettant de les détecter et d’en identifier les espèces, sous-espèces et sous-populations. L‘écoute passive des grandes baleines s’avère une approche alternative pertinente, efficace et non-intrusive pour préciser leur statut (présence, distribution, mouvements migratoires, sympatrie).

C’est dans ce contexte qu’un observatoire acoustique a été mis en place dans l’océan Indien austral en 2010. Nous disposons maintenant de 7 ans d’enregistrements acoustiques continus sur 5 à 6 sites couvrant un large gradient de latitudes et de longitudes (~30˚x30˚). Un premier travail de thèse (2014-2017) a démontré la richesse de ces informations pour l’étude de la baleine bleue Antarctique (Leroy et al., 2016). Il s’agit ici d’étendre à d’autres espèces, sous-espèces et sous-populations de grandes baleines (baleines bleues pygmées, rorqual commun) l’approche développée: tests de nouveaux algorithmes de détection, analyse systématique des données disponibles, caractérisation et classification des vocalises détectées. Ces résultats seront analysés et interprétés en termes de présence saisonnière, de distribution spatiale, de sympatrie, et d’utilisation de l’habitat dans l’océan Indien austral. Ces observations seront ensuite examinées en regard de l’évolution des conditions environnementales (température, réseau trophique, mouvements des fronts océaniques, bruit ambiant, …).

Pluridisciplinaire, ce projet de thèse intéresse les domaines de l’hydroacoustique et de l’écologie marine. Il comportera une large part de traitement et d’analyse de signaux acoustiques : adaptation et tests d’algorithmes de traitement du signal et manipulation d’une large base de données.

Ce travail contribuera enfin à l’exploitation de données recueillies dans le cadre de l’Observatoire des Sciences de l’Univers de l’IUEM, données environnementales et données de l’Observatoire hydroacoustique de la sismicité́ et de la biodiversité́ dans l’océan Indien austral (OHASISBIO).